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Télérama

 

Les ennemis de George

 

 

George Michael

Revenu de tout, l'ancien minet sort ses griffes. 

Et un nouveau CD, "Patience", subtil et engagé. Rencontre

 

Déboires juridiques, drames intimes, "outing" forcé : les épreuves ont changé le crooner : "je me suis rendu compte que ma différence était ma principale qualité."

Londres, fin janvier. George Michael, celui-là même qui incarne dans l'esprit de tant de gens la variété internationale dans sa plus suave indolence, est en colère ! La veille ont été rendues publiques les conclusions du rapport Hutton sur l'affaire Kelly et les fameuses armes de destruction massive en Irak : la BBC est pointée du doigt et Tony Blair, du même coup, absous. Et ça, le chanteur aux (presque) cent millions de disques vendus dans le monde a du mal à la digérer. «On devrait se réjouir que Blair n'rait pas menti. Mais ca veut dire que notre Premier ministre, ni piètre manipulateur ni même menteur, n'est en fait qu'un imbécile, un pantin soumis à la volonté des Américains.»

 

Alors que parait le bien nommé Patience, son premier album de chansons originales depuis 8 ans, le crooner britanique d'origine gréco-chypriote est survolté. Loin de l'avoir rendu méfiant ou mutique, ses dernières années de déboires personnels (complications juridiques, drames intimes, scandales) semblent l'avoir libéré.

«Il y a deux ans, j'avais besoin de canaliser ma colère dans mes chansons, comme ces deux singles "engagés", Freeek ! et  Shoot the dog [le 1er dénonçant l'invasion de la pornographie dans le quotidien : le second, dans la soumission de Tony Blair à la volonté de l'administration Bush, NDLR], mais à présent ca va mieux. 2003 fut la première bonne année que j'ai connue depuis dix ans.» Sûr que depuis tout ce temps George Michael n'a pas vraiment été épargné. Dès 1993, celui qui venait de battre des records de vente avec ses deux premiers albums solo, Faith et Listen without prejudice (vol1), s'est engagé dans une lutte juridique contre sa maison de disques, Sony, lui reprochant de le traiter comme un produit, et non plus comme un artiste . Suivant deux ans d'un procès que l'ancienne idole des midinettes (lorsqu'il était la moitié chantante de Wham!) finira par perdre. « En réalité, je me battais pour moi et tous les autres artistes. Et je reste persuadé que c'est pour cela que j'ai perdu. La trop puissante industrie du disque ne pouvait laisser passer un tel précédent.» Deux années durant lesquelles sa carrière sera mise en veilleuse, avant de rebondir miraculeusement avec le rachat de son contrat par Virgin (aujourd'hui, finalement, il est sous contrat avec Epic, filiale de groupe .... Sony !)

 

En 1996, le musicien triomphait à nouveau avec Older, superbe album chantant la douleur et le deuil, et dédié à Anselmo, son compagnon, mort du sida. Entièrement composé, interprété et produit par le perfectionniste Michael, Older célébrait l'éclosion d'un artiste mature et étonnamment subtil... Le revenant n'était pourtant pas au bout de ses peines. En 1998, à peine remis de la perte de sa mère, emportée par un cancer, il devient le héros malheureuse de ce qu'il appellera lui-même le plus médiatique «outing» de l'histoire. A Los Angeles, il se fait piéger par un flic en civil dans les toilettes publiques : il est arrêté pour exhibitionnisme et comportement obscène. Beaucoup annoncent alors le déclin, voire la chute fatale du chanteur. Hypothèse aussitôt démentie par les ventes colossales d'une anthologie de son oeuvre publiée à la fin de cette même année.

 

Hormis le single Outside (dont le propos et le clip font clairement allusion à l'affaire des toilettes publiques) et une belle reprise du As, de Stevie Wonder, en duo avec la diva soul Mary J. Blige, Michael se limitera à la publication, en 2000, d'un dispensable album de reprises de standards de la pop, Songs from the last century. « L'affaire de L.A. a servi à détruire le peu d'illusions que je me faisais encore sur ce métier. Très peu d'artistes m'ont soutenu et aucun d'entre eux publiquement. Finalement, ca m'a été bénéfique. Car j'ai enfin assumé ma différence. pas sexuelle, ca faisait longtemps que je la vivais bien. Non, quand je parle de différence, c'est celle que je ressentais depuis mon enfance, à l'école, a cause de mon  nom imprononçable [Georgios Kyriacos Panayiotou], de ma trop grande taille, de mon corps maladroit... Je me sentais exclu et voulais absolument m'intégrer, tout en rêvant de devenir célèbre pour qu'on m'admire. J'ai passé beaucoup de temps à ne pas dire ce que je pensais, ne me sentant jamais à l'aise, ni avec les hétéros, ni dans le milieu gay, ni dans le show-biz. Grâce à ma mésaventure, je me suis rendu compte que, au fond, ma différence était ma principale qualité. »

 

Aujourd'hui, il vit a l'écart du star-system. Il n'a pas vu Elton John, dont il était très proche, depuis deux ans. « Je crois que la seule célébrité que je fréquente de près, c'est le piano blanc de John Lennon ! » C'est sur cet instrument légendaire, racheté à pris d'or, que George a écrit une grande partie de Patience, qu'il définit comme plus généreux qu'Older. « Older n'était pas égoïste mais introspectif. Cette fois, plutôt que de me lamenter, j'ai eu envie de partager mon expérience. Je tenais aussi à ce que ce soit un disque pop irrésistible : de son succès dépend ma liberté future.» L'objectif n'est pas loin d'être atteint. ainsi en témoigne la ballade Throught ( «Rien ne doit vous contraindre, seuls les imbéciles acceptent de se laisser mettre en cage») ou Round Here, qui évoque sa culture, ses origines, son rapport à l'Angleterre, pays d'adoption de son père immigré.

 

Autre bijou : le bouleversant My Mother had a brother. «A 17 ans, ma mère m'a pris à part pour me raconter son histoire, sa jeunesse. une enfance tragique. Elle m'a annoncé qu'elle avait eu un frère dont elle était très proche, qui s'est suicidé le jour de ma naissance. Et que je lui faisais penser à lui. Il était sensible, créatif, homosexuel, et il s'est tué parce que la vie lui paraissait impossible. C'est comme si je vivais pour lui tout ce qu'il n'a pas pu ou osé accomplir. Depuis, les choses ont évolué, même si l'homophobie demeure un réel fléau. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A écouter

Patience fff

sortie le 15 mars chez Epic/Sony

 

 

 

 

 

 

George Michael en idole des midinettes dans les années 80, quand il chantait avec Wham !

 

 

 

 

 

 

«

Je crois que la seule célébrité que je fréquente encore, c'est le piano blanc de John Lennon»

Aujourd'hui, il vit a l'écart du star-system. Il n'a pas vu Elton John, dont il était très proche, depuis deux ans. « Je crois que la seule célébrité que je fréquente de près, c'est le piano blanc de John Lennon ! » C'est sur cet instrument légendaire, racheté à pris d'or, que George a écrit une grande partie de Patience, qu'il définit comme plus généreux qu'Older. « Older n'était pas égoïste mais introspectif. Cette fois, plutôt que de me lamenter, j'ai eu envie de partager mon expérience. Je tenais aussi à ce que ce soit un disque pop irrésistible : de son succès dépend ma liberté future.» L'objectif n'est pas loin d'être atteint. ainsi en témoigne la ballade Throught ( «Rien ne doit vous contraindre, seuls les imbéciles acceptent de se laisser mettre en cage») ou Round Here, qui évoque sa culture, ses origines, son rapport à l'Angleterre, pays d'adoption de son père immigré. Autre bijou : le bouleversant My Mother had a brother. «A 17 ans, ma mère m'a pris à part pour me raconter son histoire, sa jeunesse. une enfance tragique. Elle m'a annoncé qu'elle avait eu un frère dont elle était très proche, qui s'est suicidé le jour de ma naissance. Et que je lui faisais penser à lui. Il était sensible, créatif, homosexuel, et il s'est tué parce que la vie lui paraissait impossible. C'est comme si je vivais pour lui tout ce qu'il n'a pas pu ou osé accomplir. Depuis, les choses ont évolué, même si l'homophobie demeure un réel fléau. »

 

George Michael a d'autres bêtes noires. La banalisation et l'omniprésence de la pornographie auprès des jeunes, notamment, sujet de la chanson et du clip à polémique Freeek ! «L'idée que les enfants soient mis continuellement en présence d'images de sexe sans âme, ni émotion, me révulse. Avec le câble, et en particulier les chaines de Rupert Murdoch, en Angleterre, les gamins sont bombardés d'images extrêmes dès 22h30. Que leur reste-t-il comme illusions ? Je refuse la censure mais je suis horrifié par l'absence de responsabilité des adultes, des programmateurs comme des parents, dans cette affaire. MAis c'est difficile de faire passer un tel message aujourd'hui sans passer pour un puritain réac ! »

 

Et n'allez pas croire que l'es vedette de variétés des eighties, roi du brushing et du clip-kitch, voit d'un bon œil la déferlante des émissions de téléréalité type Star académie. Contrairement à ses collègues du gotha pop international (Sting, Phil Collins, Elton John...) il brille par son absence ! «Comment pourrais-je cautionner cette cynique exploitation du rêve de tous ces jeunes gens ? Je n'ai rien contre les participants, mais je déteste cette mentalité des gens de télé qui les manipulent, se servent d'eux. J'ai eu la chance de démarrer il y a 20 ans. Au début des années 80, l'effet salvateur du punk régnait encore dans les maisons de disques. Elles en avaient compris la leçon : le meilleur moyen de faire de l'argent était encore de faire confiance aux gamins, de les laisser s'exprimer. Avoir des idées, être exigeant était perçu comme un gage de qualité. A 19 ans, j'étais auteur-compositeur, et confiant, conquérant ! Ma maison de disque disait : Bingo ! On a trouvé la perle rare. Mais cette époque est finie. Qui sait si, aujourd'hui, je n'en serais pas réduit à faire la queue avec tous les autres ?»

 

George Michael, star rebelle, en veut aussi à Robbie Williams, l'idole rescapée du boys band Take That, qu'il connait bien. Car s'il lui reconnait un talent d'immense showman, il regrette que la musique ne soit pour lui qu'un moyen comme un autre d'assouvir de vains rêves de gloire et de puissance. Et, surtout, il lui reproche sa vénalité. «J'ai sacrifié deux ans de ma vie pour tenter d'améliorer le sort des artistes, et lui, en signant son contrat multimillionnaire avec EMI, a scié la branche pour tous ceux qui arrivent derrière. Je me suis battu pour réduire la marge des bénéfices que font les maisons de disques sur le dos des musiciens, et il a tout fichu en l'air en leur laissant augmenter leurs parts. »

 

Quant à l'épineux cas Michael Jackson, George ne peut que déplorer la tragédie. «S'il est coupable, il est impardonnable, au même titre que n'importe quel autre pédophile. Mais si jamais il est innocent, alors c'est vraiment affreux. Qui pourrait vivre injustement accusé de la sorte pendant si longtemps ? Le problème de Jackson, c'est que ca fait un moment qu'il n'est plus parmi nous, qu'il vit cloitré dans son monde. » La cage. L'angoisse de se laisser enfermer. C4eszt l'obsession de George Michael. Et la raison pour laquelle, petit à petit, il s'est éloigné de tous les pièges de la célébrité rock : les tournées, la promotion constante, ces fêtes où l'on croise toujours les mêmes gens. Tous ces moments qui vous déconnectent de la réalité finissent par menacer l'inspiration. « J'ai longtemps cru que c'était une fatalité, que tous les compositeurs étaient condamnés à donner le meilleur d'eux mêmes très tôt, pour ensuite se dessécher. Mais c'est faux. On ne perd jamais son talent, on perd juste le contact avec lui en se laissant emprisonner dans un monde factice. Je reste sain et créatif parce que je me suis arrangé pour avoir de moins en moins a jouer le rôle de George Michael. Pour être simplement, la plupart du temps, moi-même. »

 

 

Hugo Cassavetti

(envoyé spécial à Londres)

 

 

 
 

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