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Paris Match

LE GRAND CHALLENGE DU ROCKER BLANC

Article paru dans  le Paris Match du 3 juin 1988

L’été sera musical et chaud. Les plus grandes vedettes du showbizz mondial vont donner des concerts a travers toute la France. Michael Jackson, Prince, les Pink Floyds et Bruce Springsteen seront a Paris, Nantes Montpellier, Nice, Lille, Vincennes et Versailles pendant une partie des vacances. Le coup d’envoi est donné jeudi 26 mai a Lyon par George Michael, le surdoué du rock anglais et le seul artiste blanc capable de rivaliser avec les « divas » noires et américaines. Son album « Faith » a dépassé les 12 millions d’exemplaires et « I want your sex » est un succès colossal dans tous les hits parades. Notre reporter Pierre Hurel a rencontré à saint Tropez cette idole de 24 ans qui fanatise des millions de jeunes.  

« Georgios Kyriacos Panayiotou, fils d’un petit restaurateur grec de la banlieue londonienne qui dansait le sirtaki avec des verres sur la tête, est aujourd’hui une star multimilliardaire. Sa recette : un mélange habillement dosé de provocation, de machisme et de charme presque enfantin. Dans ses premiers clips, il se trémousse dans des vêtements de cuir noir, vraiment mauvais genre. Puis il apparaît en costume blanc, immaculé, les cheveux oxygénés, un anneau d’or planté dans l’oreille. Aujourd’hui George Michael porte une éternelle barbe de 3 jours, des lunettes Ray-Ban et son teint est toujours savamment halé. Il avait débuté dans les Wham !, un groupe à la carrière météorique, avant de prendre son envol seul… avec six musiciens et un choriste. Les « Wham ! », dont il est le cerveau chantaient l’éloge du chômage et faisaient des tournées en Chine et aux Etats-Unis. Ils ont mis fin a leur aventure le 28 juin 1986, devant 72 000 personnes, au Wembley Stadium. Désormais armé d’une gloire nouvelle, George Michael sillonne les villes françaises avec son garde du corps et une belle inconnue a qui il fait découvrir les douceurs et le charme de saint Tropez

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Sous la caresse du crépuscule tropézien, il garde ses lunettes noires. En contrebas de la terrasse, la piscine en pierre de taille scintille comme dans un tableau de Hockney. Derrière nous, le staff de la tournée -secrétaires blondes en mini jupes de cuir, gardes du corps aux muscles de lutteurs - babille doucement en attendant ses ordres. Depuis son  premier séjour a Saint Tropez, il a beaucoup appris. Il nous reçoit dans la « Villa One » ou vit son équipe, mais lui habite une mystérieuse « Villa Two » perdue dans la pinède. Il porte des santiags ferrées, un jean 501 moulant, un polo. Plus cette éternelle barbe de 3 jours, soigneusement entretenue depuis presqu’un an. Bruit de glacons dans un verre de Diet Coke, sourire hollywoodien-

Derriere le reflet mercure de ces verres  bombés se cache George Michael, 24 ans, le surdoué du rock anglais, le seul artiste blanc qui rivalise avec les deux mastodontes noirs, Michael Jackson et Prince. Son album « Faith » -« la foi » - c’est deja vendu a 12 millions d’exemplaires ; son tube « I want your sex » -« je veux ton sexe » - a fait un tabac dans tous les hit parades du monde ; et il poursuit cette semaine en France une tournée planétaire de 138 concerts qui devrait attirer plus de 2 millions de fans envoutés. Grand amateur de notre cuisine, il comprend le français, mais trop bloqué pour le parler, c’est en anglais que George Michael répond aux questions de Paris Match ».  

PM : Pourquoi « La Foi » comme titre de l’album ?

GM : Parce que je crois, aujourd’hui beaucoup plis que durant mon adolescence. Je crois que les forces du Bien et du Mal sont des choses réelles. 

PM : Est-ce un sentiment religieux ?

GM : Je n’ai pas de religion, mais je crois que l’on peut influencer sa vie, son futur, par la foi et la décence envers les autres.

 PM : Est-ce que cela signifie qu’avant vous aviez des problèmes de foi en vous-même, de confiance ?

GM : Pas vraiment. J’ai eu des problèmes à cerner ma propre identité. Le succès de « Wham ! » (Son premier groupe) est intervenue très tôt dans ma vie. J’avais 18 ans, je venais de quitter l’école, quand tout a commencé. C’est extrême. Durant quatre ans, je n’ai pas eu le temps de former mon identité. C’est le public qui me dictait qui j’étais. Alors j’ai du prendre du recul. Arrêter le groupe. Faire le point.

 PM : A 14 ans vous étiez gros et portiez des lunettes. Vous étiez timide  à l’époque ?

GM : Je n’ai jamais été timide. Je n’étais pas très beau, mais je savais que s’il y avait peu de chance que les filles s’intéressent à moi sexuellement, elles m’aimaient bien pour mon énergie, mes idées, ma musique ...

 PM : Toujours a propos de la foi, est-ce que vous croyez aussi les gens qui vous entourent ? Le succès mine –t-il pas vos relations ?

GM : L’honnêteté est une denrée rare dans notre profession. Disons que les personnes en qui j’ai réellement confiance peuvent se compter avec les deux mains. A une ou deux exceptions près, ce sont des gens en qui j’ai cru tout ma vie : ma famille et  trois amis d’enfance.

 PM : Vous avez peur de la maladie de la star, schizophrénie et paranoïa ?

GM : Non. Même si le danger est évident, il existe des manières de l’éviter.

 PM : Du temps de « Wham ! », la majorité du milieu et du public vous considérait comme un bellâtre plutôt aseptisé. En avez-vous souffert ?

GM : Beaucoup. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai éprouvé le besoin de m’isoler pendant un an. La presse me présentait sans cesse comme un minet sans cervelle. Partout ou j’allais, je devais prouver que je n’étais pas stupide.

 PM : Il faut dire que dans le clip de « Wake me up before you go go «  le plus grand tube de Wham ! Vous dansiez en short moulant, tee shirt  blanc, chevelure oxygénée, sourire étincelant. Presque une pub pour eau minérale. !

GM : Aujourd’hui, je ne comprends pas bien qui était ce « bellâtre ». Je crois que j’ai eu cette idée par provocation. C’était à l’époque du punk hirsute, alors nous sommes partis dans la direction totalement opposée. Il fallait du courage à ce moment la pour jouer les minets en bonne santé. Nous avons fait ca pour rire, mais les gens n’ont pas ri. Au contraire. Cette image a plutôt altéré ma crédibilité musicale.

 PM : C’est difficile d’être un sex symbol ?

GM : Il y a des hauts et des bas. Ce qui me flanque le cafard, c’est que dans l’esprit des gens mon look sexy s’est toujours opposé al reconnaissance purement musicale.

 PM : Mais peut-être à la fois reconnu comme un sex symbol et comme un grand musicien. Par exemple : Prince.

GM : prince est un sex symbol subversif. Pas moi. Mon image est conventionnelle, je suis «straight » (droit). A cause de cela, on oublie que depuis 6 ans j’ai écris plus de tubes pop que n’importe qui.

 PM : Vous pouvez avoir toutes les filles que voulez en  tout cas ?

GM : La plupart en  tout cas. Ce n’est pas vraiment un motif de satisfaction, vous savez. Etre riche et célèbre, c’est 90 % de la séduction dans ces cas-là. Ce serait presque pareil si j’avais une tête de cul de cheval.

 PM : Dans « I wan't your sex » vous dites que le sexe est meilleur en restant fidele à une même personne. Êtes-vous devenu monogame ?

GM : Oui. Je suis fidèle. Je souhaite une relation qui dure, même si j’ai besoin de prendre le large régulièrement pour me retrouver seul. 

PM : Fidélité jusqu’au mariage ?

GM : Je n’ai pas besoin d’un bout de papier. Le mariage est important lorsqu’on veut des enfants, et je n’aurai certainement pas d’enfant dans un futur proche.

 PM : Vous m’avez dit que vous aviez rêvé, une fois, que vous étiez un gigolo à New York. C’est votre fantasme caché ?

GM : Non. Plutôt un cauchemar. Etre un gigolo, c’est ce que j’ai vécu depuis six ans, si l’on pousse à l’ extrême. Une femme qui paie un gigolo, elle l’utilise sans tenir compte un seul instant de ses sentiments. C’est pour cela que j’ai cessé de coucher à droite et à gauche. Moi aussi j’ai été utilisé.

 PM : A l’époque de « Wham ! » la presse populaire anglaise affirmait que vous étiez homosexuel. Si vous l’étiez, vous le diriez ?

GM : Je serais fou de le dire, vous ne croyez pas, Mais je ne le démentirais pas non plus. Parce que se défendre, cela signifierait que j’aurai honte de cela si c’était vrai ? Or, j’ai beaucoup d’amis bi ou homosexuels, et je crois au libre choix dans ce domaine. Mais surtout, je pense que ces interrogations n’ont pas lieu d’être, que c’est une violation de l’intimité é. C’est pour cela que je ne confirme ni ne démens aucune rumeur concernant ma vie privée.

 PM : Une star n’a-t-elle pas des devoirs envers son public ?

GM : C’est exact dans certains domaines. Mais quand on ferme la porte de sa chambre, c’est fini. 

PM : « I want your sex » est devenu un hit mondial à l’heure ou toutes les télés du monde diffusaient une campagne sur le Sida. Il existe un rapport ?

GM : La chanson raconte que j’a  désespérément envie de faire l’amour avec quelqu’un, mais ce quelqu’un me refuse et moi je m’accroche car j’en ai réellement envie. L’histoire est vraie, et ce n’est pas une aventure d’un soir. Alors, pour revenir au Sida, il est exact, de nos jours, que beaucoup de gens veulent à nouveau cacher le sexe sous le tapis. C’est une erreur. On dit aux adolescents que le sexe est interdit, alors que c’est une nécessité pour eux. O.k. pour les préservatifs, mais il faut surtout éviter de leur faire croire que le sexe est de nouveau, comme avant la contraception, mauvais et dangereux. Le sexe, c’est génial. Même si, par les temps qui courent, il faut atténuer le gout de la diversité pour choisir une seule et même partenaire. C’est cela que je chante dans mon album.

  PM : Vous avez annulé plusieurs concerts en Europe du Nord il y a un mois. La presse anglaise, toujours elle, a annoncé à la une que le malaise venait d’une consommation de cocaïne.

GM : C’est faux. Cette tournée pour moi, c’est la sobriété totale. J’ai arrêté la cigarette il y a un an et demi pour ma voix. Lorsque nous sommes en relâche, entre deux concerts, je ne sors pas boire ni faire la fête avec les autres, toujours pour préserver ma voix. Je n’ai jamais été aussi « clean » (propre) de toute ma vie. 

PM : Cela existe, selon vous, une consommation modérée de la drogue ?

GM : Non c’est un piège.

 PM : Le 11 juin prochain, vous jouez dans un « benefit concert » pour les 70 ans de Nelson Mandela, le leader Noir sud africain emprisonné. Est-ce que ces concerts de charité, multipliés depuis celui que vous avez donné pour l’Ethiopie, « Band Aid » sont encore crédibles ?

GM : J’ai refusé beaucoup de propositions de ce genre parce que c’était des coups de showbiz pour relancer des artistes en panne. Ce concert la sera différent. Le problème de l’apartheid, il faut en parler. Il y a deux ans, j’ai cassé mon contrat avec un agent parce que son entreprise était rachetée par une société sud-africaine. Je suis contre.

 PM : Vous avez revendu des actions achetées par votre homme d’affaires quand vous avez appris que la société choisie était une fabrique d’armements américaine. Vous êtes pacifiste ?

GM : Définitivement. A 100 %. Mais je pense aussi qu’un artiste doit faire son métier, pas de politique.

 PM : Récemment, vous avez posé en studio devant un drapeau américain. Vous allez quitter l’Angleterre ?

GM : Dans la photo dont vous parler, le drapeau est a moitié américain, a moitié anglais. C’est comme cela que je me sens. Transatlantique. Depuis trois ans, j’enchaine les allers et retours. Cela se perçoit dans le son de l’album, a mi-chemin entre le funk américain et le rock anglais. Mais je n’immigrerai pas aux Etats-Unis. Je reste très  anglais.

 PM : Vous croyez en l’Europe ?

GM : Non. La France est le seul pays d’Europe avec lequel je ressens de réelles affinités. Pour moi, l’Europe de 1992 est une aliénation mentale. C’est très triste de vouloir diluer toutes ces cultures pour prétendre que l’Europe est un seul grand continent.

 PM : Pouvez vous danser sur la musique grecque avec des verres sur la tête, comme le fait votre père, né a Chypres ?

GM : Hélas ! Non. Je n’ai jamais essayé, d’ailleurs. Cela fait 6 ou 7 ans que je n’ai pas assisté a un mariage grec.

 PM : Allez-vous à Chypre quelques fois ?

GM : Je  n’y suis pas allé depuis 4 ans. Trop difficile : je suis le plus grand produit d’exportation que Chypre n’ait jamais eu. On ne me laisse pas tranquille une seconde.

 PM : Vous ne portez jamais vos lunettes de vue. C’est pour l’esthétisme ?

GM : Bien sur.  Mes vraies lunettes sont d’un verre très épais. Je les porte depuis l’âge de 7 ans. Si je les avais gardées, au lieu de choisir des lentilles, je ne crois pas que la carrière de George Michael aurait existé. Si j’arrivais à une conférence de presse avec mes lunettes de  myope, cela ferait sans doute le même effet que si j’apparaissais nu devant les caméras.

 PM : Vous vous souvenez encore du temps ou vous jouiez dans le métro ?

GM : Très clairement

 PM : Vous étiez heureux ?

GM : Evidemment que j’étais heureux ! Quand on a 16 ans il se passe toujours quelque chose.

 PM : Est-ce possible, pour une star du rock, de conserver la spontanéité de ses 16 ans ?

GM : Je n’ai jamais été particulièrement spontané. Certaines personnes me critiquent pour cela. Je n’ai pas envie de me défendre. Mon talent est différent : je me sens artisan, orfèvre… surtout pas spontané.

 PM : Vous avez dit un jour que le succès n’était pas la chose la plus importante. Alors, quel est le but suprême ?

GM : Mener une vie heureuse. Mais j’ai aussi beaucoup d’ambition. Une ambition parfois aveugle. J’essaierai de quitter le devant de la scène assez tôt, avant que le public ne me foute dehors. C’est arrivé à tant d’autres stars, dans la musique ...

 

 

 

 
 

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