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Le Parisien

 

INTERVIEW "LE PARISIEN" vendredi 6 avril 2007

 

George Michael : « Mon talent est ma seule protection »
La star anglaise, qui chantera le 22 juin prochain au Stade de France,
n'est pas épargnée par la presse de son pays,
toujours à l'affût de ses excès. Dans son manoir londonien,
où il a reçu notre journal, George Michael s'affiche serein.
 


LE MANOIR londonien de George Michael ressemble davantage à une immense bâtisse bourgeoise qu'à l'antre d'un artiste excentrique. Dans ce quartier chic et aéré de Highgate, sur les hauteurs de la capitale britannique, rien ne semble avoir changé depuis des lustres, sinon les Jaguar, Range Rover et Rolls qui sillonnent en silence les avenues arborées. Ici, la star a pour voisins l'ex-James Bond Pierce Brosnan, la chanteuse Annie Lennox ou encore, il y a peu, Sting.
Ses larges fenêtres donnent sur des arbres à perte de vue et sur un jardin en étages dans lequel batifolent des labradors. Aux murs, des boiseries et des toiles de maître. Sur les tables basses et dans les bibliothèques, des ouvrages d'art posés en désordre. « C'est la première fois que George accepte de recevoir un journaliste chez lui », glisse son manager. Quelques minutes auparavant, le même a précisé que le chanteur n'évoquerait pas - sur les conseils de son avocat - son procès à venir pour possession de cannabis et conduite sous influence du même produit. Une affaire qui fait grand bruit en Angleterre, attisée par une presse jamais tendre avec ses stars, en particulier avec George Michael. En jeans, sweat-shirt et baskets, le maître de maison s'assoit dans un canapé blanc après s'être servi un verre d'eau. « J'ai passé récemment une visite médicale pour les assurances, confie George Michael, en guise d'entrée en matière. Le médecin m'a assuré que j'avais la tension d'un jeune de 20 ans. Certainement parce que je bois beaucoup... »

Qu'est-ce qui vous a décidé à remonter sur scène, après plus de dix ans sans concert?

George Michael. Il a fallu du temps pour que je me sente assez fort pour m'exposer ainsi. Pendant les années 1990, j'étais en pleine déprime et je ne m'imaginais pas capable de me montrer devant des dizaines de milliers de paires d'yeux.
J'ai aussi constaté que l'industrie du disque se cassait la figure. La scène m'est alors apparue comme une bonne solution pour me relancer, faire des projets.


Se produire en public, c'est l'essence de votre métier ?

Non. Dans mon cas, c'est plutôt l'écriture. Mais lorsqu'on est à la tête d'un répertoire comme le mien après vingt-cinq ans de carrière, il faut le faire vivre avec les gens qui l'ont apprécié et qui l'ont acheté.

Que ressentez-vous lorsque vous chantez des titres de votre ancien groupe Wham!

Je me sens très fier. Je suis à l'aise avec cette partie de mon travail. Je me sens nostalgique de ce temps-là, et je suis touché que des chansons comme « Everything she Wants » ou « I'm your Man » soient toujours aussi bien accueillies. Lorsque je me retrouve face à tous ces gens, tout s'éclaire pour moi et ma vie reprend une certaine cohérence.


Vous écrivez de nouvelles chansons en ce moment ?

Pas vraiment. Une série télé américaine d'ABC qui n'en est qu'au stade du pilote va utiliser ma musique. Je vais probablement leur écrire quelque chose. En ce moment, je me concentre surtout sur cette deuxième partie de tournée. Je vais principalement passer les deux prochains mois à la préparer et à exercer ma voix. Je n'ai pas le droit de décevoir. Mon talent constitue ma seule protection contre les attaques que je subis. Heureusement, il n'y a pas de malentendu avec mon public. Ce n'est pas le cas avec les médias...

« Je fais ce que je veux »

C'est-à-dire ?

Je pense, au fond, que je représente quelque chose de profondément décevant pour la société. J'ai grandi au milieu de gens qui pensaient que le style sex, drugs and rock'n'roll était compatible avec une vie heureuse tout en travaillant. En étant marié, avec des enfants... Ma génération et la précédente se sont aperçues, au milieu des années 1980, que c'était impossible. Moi, je n'ai pas d'enfant, pas de responsabilités. Je suis gay, je fume de l'herbe et je fais exactement ce que je veux de ma vie grâce à mon talent. Je représente donc un idéal que d'autres ont dû abandonner et ils m'en veulent pour ça. Surtout les hommes. En revanche, je n'ai aucun problème avec les femmes. Ce sont surtout elles qui amènent leur mec à mes concerts.

Vous êtes marié à votre compagnon Kenny Goss. Songez-vous à l'adoption ?

Non, pas avant longtemps. Lorsque j'étais plus jeune et attiré par les femmes, j'ai certainement pensé à en avoir. Cette confusion sur ma sexualité m'a d'ailleurs valu quelques déconvenues... Je suis conscient que les gays comme moi, en vieillissant, se retrouvent souvent seuls, sans enfant ni petit-enfant autour d'eux. Je l'assume : je veux laisser cette blessure ouverte, tant qu'elle sert ma créativité d'une façon positive.

Avez-vous l'impression que votre parcours a changé la perception du public à l'égard des homosexuels ?

Il y a beaucoup de gays qui attirent les femmes. C'est mon cas. Mes chansons les touchent profondément. Ajouté au fait que, encore une fois, j'ai passé une partie de ma vie avec elles, je pense représenter un bon baromètre de ce que l'on accepte ou pas d'un homme gay aujourd'hui. Cela fait parfois de moi une cible. Je suis également conscient que mon style de vie ne m'a pas toujours servi...


Propos recueillis par Sébastien Catroux

www.leparisien.fr

 

 
 

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