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Le Parisien

Propos recueillis par Emmanuel Marolle
Le Parisien , vendredi 26 mars 2004


MUSIQUE. George Michael : « Je n'ai plus rien à prouver »
Le chanteur anglais était à Paris, hier, pour défendre son nouvel album, le superbe « Patience ». L'occasion de rencontrer une star de 40 ans en paix avec elle-même, après des années difficiles. Entretien à coeur ouvert.

GEORGE MICHAEL est en grande forme. Souriant, bavard, il nous a reçu dans un palace parisien, hier après-midi, alors qu'il effectuait une escale expresse dans la capitale pour quelques rares interviews. L'occasion de parler avec lui de son nouvel album, l'intime et élégant « Patience », disponible depuis la semaine dernière et déjà classé parmi les meilleures ventes en France.

Venez-vous souvent en France ?
George Michael. Oui, mon compagnon, Kenny, aime beaucoup venir ici. Et moi, j'apprécie le fait de pouvoir comprendre votre langue. Je suis, par exemple, capable de regarder un film en français sans trop de difficultés. En revanche, je stresse quand je dois discuter avec des gens qui vivent ici. Ma grammaire et mon vocabulaire ne sont pas aussi bons que mon accent.
Votre nouvel album, en quatrième position des meilleures ventes pour sa première semaine, est déjà un succès chez nous.
C'est un plaisir de voir que le public est toujours là, après toutes ces années, et qu'il est même de plus en plus important. Dans un marché du disque assez sinistré, j'ai eu la meilleure première semaine de vente de toute ma carrière ! Je pense que les gens me suivent parce qu'il y a de moins en moins de bonne pop pour adultes. Certains n'auraient jamais acheté un de mes albums dans les années 1980 ou 90 mais, maintenant, ils savent qu'ils vont y trouver des bonnes chansons qui ne les prendront pas pour des imbéciles.

« Affronter des douleurs personnelles tout en subissant le harcèlement des médias, ça rend plus costaud »

Vous parlez de choses très personnelles dans « Patience » : votre compagnon, votre enfance...
Ce n'est pas une volonté, ça s'est imposé à moi. Certaines personnes, principalement anglo-saxonnes, trouvent d'ailleurs qu'il y a sur l'album des chansons difficiles à écouter, parce qu'elles véhiculent beaucoup de tristesse. C'est comme ça. Etre un artiste, c'est partager ce que l'on a en soi. Ça correspond à un moment de ma vie...
Pourquoi aujourd'hui ?
Parce que je suis plus fort qu'il y a huit ans, à l'époque de mon dernier disque original. J'ai été très chanceux pendant les années 1980, puis la décennie suivante a été un désastre, un cauchemar sans fin. Le plus dur a été la disparition de ma mère, avec qui j'avais une relation très forte, il y a cinq ou six ans. Affronter des douleurs personnelles tout en subissant le harcèlement des médias, ça rend plus costaud. Après, vous n'avez plus peur de rien. J'ai 40 ans, je n'ai plus rien à prouver, et la vie est trop courte pour ne pas dire ce que l'on veut. Je ne me suis jamais autant confié que sur ce disque.
Cela n'a pas heurté votre pudeur ?
Non, parce que c'est le plus près possible de la vérité. C'est une notion si importante pour moi ! Elle peut même prendre des proportions inquiétantes. J'ai vraiment mené un combat avec la presse anglaise sur mon homosexualité. Il y avait des éléments qui ne trompaient pas dans mes textes, dans mes comportements, mais je ne me voyais pas déclarer froidement à un journaliste : « Je suis gay. » Pourtant, j'ai fini par le faire, au nom de la vérité. Parce que je ne supportais pas qu'on pense que ma vie privée était totalement verrouillée, que personne ne connaissait la réalité autour de moi, alors que mes proches savaient que j'étais homosexuel.
Dans la chanson « My mother had a brother » - en français « Ma mère avait un frère » -, vous évoquez votre oncle, qui s'est suicidé parce qu'il vivait mal son homosexualité.
Je voulais faire cette chanson avant, mais ma mère avait une soeur, plus âgée, qui aurait pu être blessée par le texte. Elle est décédée l'année dernière. « My mother had a brother » évoque les changements de mentalités par rapport à l'homosexualité. C'est aussi pour dire que j'ai fini par comprendre l'attitude de ma mère à l'époque où, très jeune, j'ai découvert ma sexualité. Elle n'était pas du tout homophobe, seulement inquiète, parce que cela avait conduit son frère à la mort.
Vous avez été l'un des premiers artistes à prendre position contre Tony Blair et Georges Bush, dans « Shoot the dog », que l'on retrouve sur l'album. Cette chanson, écrite avant la guerre en Irak, prend-elle une autre résonance aujourd'hui ?
C'est assez bizarre : elle semble parler de la période que nous vivons actuellement alors qu'en fait elle date d'avant les attentats du 11 septembre 2001. Je finissais le refrain quand les Twin Towers ont été attaquées. J'étais horrifié de voir que ce que je disais dans le texte était en train d'arriver.
Vous en voulez d'autant plus au Premier ministre britannique ?
Oui, je suis vraiment furieux. En Angleterre, jusqu'aux prochaines élections, on risque d'être victime d'attentats qui tueront des centaines de personnes avant que quelqu'un ne se décide à ordonner le retrait des troupes britanniques de l'Irak. Au nom du principe qui consiste à ne pas céder au terrorisme, combien de vies allons-nous perdre ? Tout ça parce que notre p... de Premier ministre ne va pas faire machine arrière et dire : « Ok, je le reconnais, j'ai merdé » !
Votre disque vient à peine de sortir et vous annoncez déjà que vos prochaines chansons ne seront disponibles que sur Internet. Pourquoi ?
Je veux continuer à écrire librement. Pour cela, je voulais laisser ce disque sortir, puis essayer de conserver ma liberté artistique en m'éloignant des médias. Car la célébrité consiste avant tout à vendre sa vie privée contre de l'argent et je n'ai jamais été brillant à ce petit jeu. Je trouverais plus positif de créer un système permettant aux gens de télécharger gratuitement une de mes chansons, tout en les invitant à faire un don à des organisations caritatives référencées sur mon site. Là, je pourrais être fier de tout, alors qu'aujourd'hui on est difficilement fier d'être une célébrité...


Dans « Patience », un nouvel album élégant et intime, George Michael aborde des thèmes très personnels, comme son homosexualité ou son enfance. (PROD.)

(PROD.)

 

 

 

 
 

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