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Le Monde

George Michael, heurts de gloire

Star incontestée de la pop des années 1980 et du début des années 1990, George Michael a aussi connu quelques incidents de carrière (affrontement contractuel avec sa maison de disques Sony, attentat à la pudeur orchestré par la police américaine dans des pissotières de Beverly Hills, attaque des tabloïds anglais après sa prise de position contre la guerre en Irak ), qui ont un peu terni sa popularité dans les années 2000.

 

La star de la pop dans les années 1980, George Michael, en 2004.


Longtemps réfractaire aux entretiens, celui qui est encore considéré comme le dixième musicien le plus riche du Royaume-Uni s'explique sur son parcours, ses embardées et ses amours dans un documentaire, George Michael : mon histoire, de Southan Morris, à sortir dans les salles françaises le 11 janvier. Le Monde l'a rencontré, dans un palace londonien.

Vous qui avez si souvent refusé les entretiens, pourquoi avoir ressenti le besoin de raconter votre vie dans un documentaire ?

GM: J'ai toujours trouvé difficile de devoir à la fois montrer son travail et exposer sa vie. Il y a chez moi quelque chose de très anglais qui ne trouve pas digne de montrer sa douleur. J'ai hérité de ma mère ce côté très victorien. En même temps, mon oeuvre est extrêmement liée à ma biographie. En travaillant sur la longueur avec une équipe de cinéma, j'ai pu me confier plus facilement. Je me suis dit aussi que ce sont les fans qui iraient voir ce film, qu'ils pouvaient me voir m'étrangler en évoquant la mort de mon amoureux. Ils savent déjà à quel point ma vie a inspiré ma musique.

En voyant dans le film quelques images de concert, on se demande pourquoi vous refusez depuis des années de partir en tournée ?

GM: J'ai effectivement l'impression de pouvoir créer un lien instantané avec le public. Je prends du plaisir en concert, je connais cette émotion, ce besoin presque hystérique de bouger sur scène pour rendre les gens heureux. Mais pour ces deux heures de plaisir, je vis vingt-deux heures d'enfer. J'ai toujours eu l'impression que ce grand cirque menaçait ma santé mentale. Je n'ai jamais été aussi proche de la folie qu'en tournée. Il faut avouer que je suis devenu très feignant. Avant, j'étais quelqu'un d'anxieux. Mais dix ans de vie avec un super-compagnon m'ont libéré de ces angoisses. Cela dit, il est aujourd'hui plus facile de tourner sans s'esquinter et sans perdre de l'argent. Il est très probable que je donne des séries de concerts dans un futur proche.

Pensez-vous que si vous aviez gagné votre procès contre votre maison de disques Sony la face de l'industrie du disque en eût été changée ?

GM: Je cherchais à établir pour les musiciens le même type de contrat que ceux existant dans l'industrie du cinéma, depuis les années 1950 et le début des années 1960, quand les studios ont concédé aux acteurs leur indépendance. Les contrats des maisons de disques ont été créés sur les vieux modèles des contrats de cinéma asservissant les comédiens, mais ils n'ont pas évolué en même temps. A un moment, tous les gens de l'industrie étaient persuadés que j'allais gagner. Mais le juge croyait qu'il risquait de saboter l'industrie musicale britannique, qui, à l'époque, était le plus gros exportateur du pays. Quand on regarde la situation aujourd'hui, je crois que la seule chose qui aurait pu sauver cette industrie, c'est un meilleur contrôle de la qualité. Les artistes étaient plus aptes à le faire que ces imbéciles de directeurs artistiques.

Voyez-vous l'explosion d'Internet comme une bonne chose ?


GM: Même si des sociétés comme Apple ont pris trop de pouvoir trop rapidement, je préfère avoir à faire à eux plutôt qu'aux maisons de disques. Je pense que le développement sur Internet ne fera que resserrer les liens entre les artistes et leurs fans. Depuis quelque temps, je propose sur mon site des morceaux à télécharger, dont le paiement va à des organismes caritatifs.

Votre carrière a été marquée par plusieurs incidents de parcours ; comment retombez-vous sur vos pieds ?

GM: Le sens de l'humour me tire en général de ces guêpiers. Mais quand, en 2002, j'ai pris position contre la guerre en Irak, en attaquant Tony Blair et George Bush dans le single Shoot the Dog, le magnat de la presse Rupert Murdoch a décidé que j'avais outrepassé mes droits de chanteur pop ; il a fait sonner la charge dans ses journaux et a tué mon album. Pour eux, la pop ne doit pas se mêler de politique, c'est dangereux. Ils n'ont pas tort, regardez la pression qu'ont mise les jeunes mobilisés par Bob Geldof, lors du Live 8, sur les gouvernements du monde. Ce qui m'a le plus déçu, à l'époque, a été le manque total de solidarité des autres artistes à mon égard.

Noel Gallagher, le chanteur d'Oasis, a dit de vous : "Comment faire confiance à un type qui pendant quinze ans a menti sur ses préférences sexuelles ?"...

GM: C'est une remarque tellement ridiculement homophobe ! Pendant longtemps, je me suis surtout menti à moi-même. Vers l'âge de 19 ans, j'ai failli faire mon coming out, mais la peur d'inquiéter ma mère, alors que nous étions au coeur des années sida, m'a empêché de le faire. Jusqu'à l'âge de 25-26 ans, je n'étais pas complètement sûr de moi. Une fois que je l'ai été, j'ai commencé à écrire en conséquence, en étant aussi honnête que possible. Mais tant que vous n'avez pas dit "je suis gay", vous n'avez pas fait votre coming out.

Biographie

1964. Naissance de Georgios Kyriacos Panayiotou, à East Finchley, dans la banlieue de Londres, d'une mère anglaise et d'un père chypriote grec.

1981. Sous le nom de George Michael, il fonde le groupe Wham ! avec son camarade de lycée, Andrew Ridgeley. Jusqu'à sa séparation, en 1986, ce duo disco pop connaîtra de nombreux succès (Wake Me Up Before You Go-Go, Everything She Wants), surtout auprès d'un public de jeunes adolescentes. Ce qui ne l'empêche pas de prendre régulièrement position contre le gouvernement de Margaret Thatcher.

1984. Parution de son premier single solo, la ballade Careless Whisper, qui devient un tube mondial.

1987. Sortie de Faith, premier album solo, lancé par le très suggestif I Want Your Sex et des clips vidéo luxueux. A la croisée de la pop et du rhythm'n'blues, le disque est vendu dans le monde à plus de 10 millions d'exemplaires.

1990. Sortie de l'album Listen Without Prejudice, Vol. 1. Mal à l'aise avec son statut de star, le chanteur refuse de répondre aux interviews et d'apparaître dans ses clips. Il accusera sa maison de disques, Sony, d'avoir sciemment coulé les ventes du disque et de le maintenir en "esclavage professionnel".

1993. George Michael perd son procès contre Sony, mais triomphe dans le stade de Wembley en accompagnant le groupe Queen, lors du concert donné en hommage au chanteur Freddie Mercury, mort du sida.

1998. George Michael est arrêté pour atteinte à la pudeur dans les toilettes publiques d'un parc de Beverly Hills, piégé par un policier en civil. Son ami Elton John remarque qu'"une pissotière n'est pas le meilleur endroit pour faire son coming out".

2002. Attaque Tony Blair et George Bush, au début de la guerre en Irak, dans le single Shoot the Dog. Les journaux appartenant à Rupert Murdoch tirent à boulets rouges sur le chanteur.

2004. Parution de l'album Patience, vendu "seulement" à 3 millions d'exemplaires. George Michael annonce qu'il désire dorénavant diffuser ses oeuvres essentiellement sur Internet.

2005. Chante au Live 8, en duo avec Paul McCartney. Annonce son mariage avec son compagnon, Kenny Goss, suite à l'adoption de la loi britannique sur les unions civiles.

2006. Sortie du film documentaire George Michael : mon histoire, et préparation d'une nouvelle compilation sur laquelle doivent figurer deux inédits. George Michael annonce qu'il remontera bientôt sur scène.

Propos recueillis par Stéphane Davet  - Article paru dans l'édition du 06.01.06 - le monde.fr

 

 

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