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Aujourd'hui en France

AUJOURD'HUI EN FRANCE (Le parisien)

02.03.2002

GEORGE MICHAEL REAGIT A LA CENSURE DE SON CLIP

 

Casquette sur le tête et petite croix sertie de diamant autour du cou, George Michael, de passage jeudi dans un palace parisien, était stupéfait de la nouvelle : la censure, pendant la journée, par TF1 et M 6 de son nouveau clip "Freeek !", un tube en puissance qui sera commercialisé dés le 19 mars. Une véritable "exception française", dans la mesure où partout ailleurs dans le monde, ce clip n'a pas été l'objet de restriction de diffusion.

 

Le chanteur britannique, 38 ans, portant le bouc et allumant cigarette sur cigarette, n'en revenait toujours pas : "J'avais programmé mon réveil pour voir les premières diffusions du clip, dés 7 heures du matin. Il n'y a pas les chaînes du satellite, dans cet hôtel, alors je suis tombé sur M6 et j'ai vu un crétin (NDRL : Michael Youn, du Morning Live), en train de parler de moi et de hurler censure, censure ! Je ne demande pas aux gens qui ont interdit mon clip de changer d'avis, mais par rapport à la très grande majorité des vidéos, c'est très injuste d'avoir interdit la mienne."

 

Effectivement, à la vision de ce clip, pas de quoi fouetter un chat. Juste un univers cyber et sado-maso esthétisant, pas plus choquant ni plus répréhensible que nombre de campagnes publicitaires ou certains programmes des chaînes privées, celles-là mêmes qui ont interdit sa diffusion entre 5 heures et minuit. Réactions de l'artiste.

 

Comment expliquez-vous que la France soit le seul pays à avoir censuré ce clip ?

George Michael : Je ne m'attendais vraiment pas à me retrouver, ici même en train d'expliquer que cette vidéo n'annonce pas le retour de l'Antéchrist. J'ai toujours considéré que, grâce à leur tradition cinématographique, les Français avaient l'habitude de ne pas s'arrêter aux apparences et d'analyser les images en profondeur. J'ai toujours eu l'impression, aussi, que les femmes françaises étaient puissantes, bien plus qu'aux Etats-Unis ou en Grande Bretagne, et qu'elles étaient plus détendues sur ces sujets. De plus, on m'accuse de donner une image dégradante des femmes, or ce n'est pas le cas. Lorsque je tiens ces femmes en laisse, j'apparais aussi prisonnier qu'elles. Ce n'est pas gratuit.

 

Que souhaitiez-vous exprimer, au juste ?

J'y explique en images - mais peut-être pas assez clairement - que nous vivons dans un monde où tout, des corn-flakes au café, se vend grâce au sexe. Le propos, c'est de porter cette idée à son paroxysme et de montrer cette décadence. De nos jours, les enfants pré-pubères ont la possibilité de voir tout et n'importe quoi à la télévision et sur Internet. Si j'avais 14 ans aujourd'hui, je serai à la fois excité et effrayé parce qu'on ne montre plus que les aspects extrêmes de la sexualité.

 

Vouloir démontrer quelque choses tout en le montrant, est-ce la bonne démarche ?

Mon clip est une alerte pas une célébration. Ma mère, aujourd'hui décédée, avait une vision très rigide, très victorienne de la vie. Chez nous, tout ce qui touchait au sexe était passé sous silence. Cela a affecté ma vie sentimentale. Dans mon clip, je le répète, les femmes ne sont pas traitées comme des objets. De plus je suis gay, ce n'est pas un secret...Regardez la plupart des clips de rap, avec ces danseuses décoratives. Ça, c'est de la pornographie. Pourquoi accepte-t-on de la part des femmes noires des comportements qu'on accepte pas de la part des femmes blanches ? C'est du racisme.

 

Dans le passé, avec vos précédents clips, vous n'avez pas l'impression d'avoir participé à cette banalisation de la pornographie ?

Pas du tout. Dans mes clips, les femmes ont le pouvoir, comme par exemple, les tops models dans "Freedom". Si ce sont des objets sexuels, ce sont des objets sexuels à la Madonna, qui utilisent leur pouvoir et contrôlent la situation.

 

Une affaire de censure, c'est un bon moyen de se faire de la publicité...

Bien sur, ma maison de disques s'arrange pour que ça tourne en notre avantage, c'est son travail. Mais je ne pense pas que ce genre d'interdiction va faire vendre plus de disques.

 

Vous avez, déjà, vingt ans de carrière derrière vous et pas mal de haut et de bas. Dans quel état d'esprit êtes vous actuellement ?

La vie moderne nous coupe des relations humaines. Lorsque j'ai fait des travaux d'utilité publique aux États Unis suite à ma condamnation (NDLR : pour attentat à la pudeur), j'ai dû classer par ordre alphabétique des documents dans une association. J'ai vu à quel point un travail mécanique pouvait déconnecter de la vie. Les hommes et les femmes que je côtoyais n'avaient pas de but, étaient morts de l'intérieur, et je me suis rendu compte de ma chance de faire un boulot gratifiant.

 

Avec qui avez-vous travaillé sur ce nouveau morceau ?

Il y a beaucoup de rumeurs affirmant que j'ai collaboré avec les Daft Punk. J'ai déjeuné avec eux cette semaine et on travaillera certainement ensemble à l'avenir. En fait, tout le mérite de "Freeek !"revient à deux personnes : un ingénieur du son collaborateur de longue date et un programmateur clavier signé dans mon ex-label, fermé depuis.

 

Votre nouvel album est programmé seulement pour Novembre. Pourquoi si tard ?

Je suis un perfectionniste et c'est peut-être pour cela que j'ai réussi à survivre aussi longtemps dans ce métier ou les sons et les têtes changent très vite. Une chose est sûre, ces dix dernières années ont été vraiment très dures : j'ai perdu un partenaire, ma mère, ma dignité, et mon meilleur ami, devenu accro à la cocaïne, a essayé de vendre un livre racontant ma vie. Les pensent que je passe l'été dans le Sud de la France, l'hiver à skier. Je ne sais pas skier, j'ai très peu de vie sociale, je ne traîne pas dans les fêtes, je ne mène pas une vie de star. En fait, je passe mon temps dans ma chambre à écrire des chansons d'amour.

 

Propos recueillis par Sébastien Catroux

 

 
 

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